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In : William Kentridge, aboli bibelot d’inanité temporelle

Nonobstant le fait qu’il est inadmissible de vendre des places aussi mauvaises à un prix aussi élevé, nous avons assisté à un travail de grande qualité. Le spectacle du sud-africain William Kentridge mêle images projetées et montrées, conférence, chants et musique – que nous avions hélas l’impression de voir sur un écran d’Iphone. Ou l’histoire très politique de la genèse du Temps moderne, de l’harmonisation des horloges à la création des fuseaux horaires en une contraction – temporelle – de quelques heures.

William Kentridge s’est fait un nom par ses travaux plastiques : dessins, tableaux, vidéos. Invité du très cosmopolite festival d’Avignon 2012, il livre un spectacle conférence sous forme d’opéra contemporain. Et c’est lui qui mène la revue de la troupe et les communications de la conférence.

En ouverture : l’histoire de l’incroyable succession de coïncidences et d’événements fortuits qui conduisent au parricide de Persée. Acrisios, malgré toutes les précautions prises depuis vingt ans (abandon, exil, fuite…), se prend le disque de Persée en pleine tête lors d’un quelconque Intervilles antique.

Tout est dit : l’enchainement des temps qui devient au cours des siècles le concept du Temps, le pouvoir et la domination, car celui qui contrôle le Temps contrôle le monde. Et ce parricide qui comme tous les mythes se présente à nous sous deux faces : comme parabole de la fatalité absurde (l’enchainement fatal) et comme invitation à s’affranchir des dominations stupides.

Et de domination stupide, il en est question avec la présence sourde tout au long du spectacle d’une esthétique coloniale (les dessins projetés, les costumes de la troupe)  comme pour en finir avec elle, comme pour l’abolir. Car Kentridge fait un parallèle saisissant entre la standardisation du Temps dans le monde et l’expansion coloniale. Le contrôle de la Terre par l’Europe s’incarne aussi par ces fuseaux horaires tracés sur notre globe.  Nous avons imposé notre soleil à toute la Terre, et il se passera des décennies avant qu’Amadou Khourouma puisse écrire les Soleils des Indépendances.

Déjà la relativité du temps et de l’espace, au début du 20ème siècle, porte un coup fatal. La proportionnalité du temps explose le dernier absolu, ce Temps que nous croyions immuable. Avec sa nombreuse troupe comme une humanité en miniature, William Kentridge plaide pour la fin de tous les dogmes et pour une Terre multiculturelle où tous les Soleils cohabitent sans vouloir imposer leur orbite à tous les autres.